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Les caractères nationaux

L’autre jour, j’ai trouvé dans un journal une blague intéressante propos des nationalités.
Elle exprime certains traits nationaux avec justesse et humour. Il y est question d’un américain, d’un anglais, d’un allemand, d’un italien, d’un français et d’un japonais, tous ensembles sur un navire.

caractère nationaux
source : The Japan Times

Voici une traduction de cette blague :


Le naufrage d’un navire

Le capitaine demande aux passagers de plonger dans la mer. Pour les persuader, il fait preuve de ruse.
Il dit l’américain : “tu seras un héro si tu le fais !”
à l’anglais : “tu seras un gentleman !”
à l’allemand : “je t’ordonne de sauter !”
à l’italien : “tu seras admiré par toutes les femmes”
au français : “ne sautes pas !”
au japonais : “tout le monde saute !

Le message caché dans la blague m’a beaucoup intressé. J’ai tout de suite compris ce qu’il était signifié à propos de l’américain, de l’anglais et de l’italien, mais j’étais intriguée concernant l’allemand et le français. Pourquoi un ordre et pourquoi un contre-ordre ?
J’ai donc demandé à mon mari ce que cela signifiait. Il devait avoir la réponse puisqu’il est européen.

Il m’a dit : les allemands sont prompts à suivre les règles de manière stricte, alors que les français, rebelles, font toujours l’inverse.

C’était clair. Chaque pays a ses couleurs. De même mon pays, le Japon. Je suis convaincue que bien des gens pensent que cette blague est bien à propos concernant la mentalité japonaise. “Tout le monde saute !”. Je pense moi-même que c’est un bon résumé.

Le japonais

Au Japon, il y a en permanence des tendances dans la mode, les sports, la nourriture, la musique et n’importe quoi encore. Par exemple, les jeunes japonais suivent la tenue de leurs chanteurs favoris. Si d’aucun ne suit la tendance, il sera qualifié de “pas cool” ou même d’étrange. Quand il est dit à la TV que les pommes sont bonnes pour la santé, les gens vont se ruer dans les supermarchés pour acheter des pommes, dont le stock sera rapidement épuisé.
De plus, beaucoup de japonaises sont folles des produits des grandes marques.
Parce que je n’ai moi-même aucun intérêt dans ces choses, quand je vois des japonaises dans la rue avec les mêmes sacs de courses, je me dis “tiens, encore une japonaise typique !”.
Je ne comprend pas pourquoi chacun DOIT avoir du Louis Vuitton ou du Chanel. Ce sont sûrement de très bonnes marques, mais pourquoi les écoliers doivent-ils en avoir ?
Alors que je travaillais Tokyo auparavant, je fus choqué de voir un enfant à la maternelle porter des vêtements d’une telle marque. Il s’agit d’un problème psychologique. Les gens se doivent d’avoir les mêmes choses que les autres. Certains vivent dans un appartement modeste, mais ils ont leur sac Louis Vuitton. Je trouve ça très “intéressant”.

Je vis à Paris maintenant, et ici se trouvent beaucoup de magasins de grandes marques. Cependant, il est plutôt rare de voir des français porter un sac Louis Vuitton. Les français ont chacun leur propre style et leur propre mode. Ici, je ne me sens pas obligée de suivre quelque chose qui ne m’intéresse pas.
Ma coiffeuse, qui est japonaise, m’a dit une fois qu’elle préfère travailler en France parce qu’elle peut suivre son but dans son travail sans problème. Elle a ajouté qu’il est très confortable de vivre au Japon, mais que les gens ne se démarquent pas de la tendance générale.
Les femmes doivent être marriées, de préférence avant 30 ans, et avoir un bébé, etc., etc….
Les femmes célibataires qui réussissent dans leur carrière sont plutôt discréminées. Au Japon, elles sont qualifiées de loosers (perdantes). Je ne comprends pas pourquoi il en serait ainsi parce qu’elles ne sont pas marriées. A la limite, je les trouve supérieures puisqu’elles sont financièrement et moralement indépendantes.
D’un autre côté, il y a aussi des aspects positifs à cet esprit “tout le monde saute”. L’un d’entre eux est notre niveau de vie élevé. Quand nous disons que tout le monde doit étudier, alors tout le monde se met au travail. Je me pose la question si les français suivraient s’il était demandé d’étudier plus. Ils penseraient que ce n’est pas leur problème et que c’est à chacun de faire comme bon lui semble.
La France et le Japon sont de bon exemples de deux extrêmes.

Voici au passage quels sont les traits de caractère nationaux les plus souvent évoqués concerntant nos deux pays :

Comment les japonais voient les français :
Positif : élégants, romantiques, à la mode
Négatif : froids, individualistes, snobs

Comment les français voient les japonais :
Positif : modernes, propres, traditionnels
Négatif : industrieux, stricts, stressés

En effet, chaque pays a ses couleurs et comprendre ceci peut nous aider à construire de meilleures relations. Savez-vous comment les autres personnes voient votre pays ? Parfois les étrangers voient ce que vous ne pouvez pas voir, et c’est parfois bon à savoir…

Les japonais et le haji

L’obstacle du langage

Il s’agit toujours d’un véritable défi pour les japonais de voyager à l’étranger, à cause de l’obstacle de la langue. Le cliché typique qu’ont les étrangers des touristes japonais est celui d’un gros groupe de personnes voyageant par car entier. Pour nous, il est en effet plus sur de rester ensemble et nous nous sentons plus en sécurité en voyageant avec d’autres personnes parlant la même langue. De plus, nous ne pouvons pas compter trouver quelqu’un parlant le japonais dans un pays étranger. C’est pourquoi nous préférons les voyages organisés et que c’est une erreur de se moquer de ces voyageurs. Il serait plus embarrassant pour nous de demander quelque chose dans un langage, le japonais, qui n’est pas pratiqué dans le pays où nous sommes en visite.

Nous sommes aussi conscients que nous sommes supposés parler la langue universelle quand nous traversons la mer et que nous devrions essayer d’apprendre quelques mots du pays que nous visitons. C’est pour cette raison que beaucoup de japonais essayent désespérément d’apprendre l’anglais et que le business lié à l’éducation de l’anglais est très prospère au Japon, où se trouvent beaucoup d’écoles privées. Cependant, et c’est regrettable à dire, cette langue est si éloignée de la notre qu’il est difficile de la maîtriser. Il n’y a aucun lien entre ces deux langues aussi bien en grammaire qu’en prononciation – ni même les lettres. Quels que soient le temps et l’argent que nous dépensons pour l’anglais, le résultat n’est jamais aussi bon qu’espéré. Ainsi, notre anglais est souvent raillé par les anglophones ou les européens et nous avons l’étiquette d’avoir un bien mauvais niveau d’anglais.

Cela ne fait que contribuer à nous poser un problème psychologique. Quand nous sommes moqués, nous prenons ça comme un « Haji », que l’on peut traduire par « honte », et quand nous ressentons cette honte cela nous cause un certain traumatisme. Nous devenons réticents à parler l’anglais et nous pensons que nous avons besoin de plus de pratique ou d’entraînement. Beaucoup ressentent cette hésitation à leurs débuts, ce qui ne fait qu’empêcher encore plus leur progrès. Comme nous ne voulons pas ressentir une nouvelle humiliation, nous nous défendons en ne plus parlant ou en mettant plus de pression sur nous-même pour ne pas faire d’erreur, ce qui ralentit éloquence.

Ce trait de caractère a créé cette culture appelée « Haji-no-bunka », la culture de la honte. Nous ne blâmons pas les personnes offensantes pour nous avoir insulté, mais nous nous blâmons nous-même pour ne pas avoir étudié suffisamment et maîtrisé la langue pour que les autres nous comprennent. Nous nous sentons désolés par notre incompétence. Il s’ensuit beaucoup d’entraînement supplémentaire pour restaurer la confiance.

« Haji » est un des sentiments ayant le plus d’influence parmi les japonais.

Les problèmes en France

Comme vous pouvez le voir maintenant, nous prenons beaucoup de temps et d’efforts pour les personnes qui « ne peuvent pas comprendre le japonais », d’autant qu’il est beaucoup plus difficile pour un japonais ou un asiatique en général de maîtriser une langue étrangère – en comparaison avec les européens qui ont beaucoup de choses en commun dans leur langue avec l’anglais. Je ne suis pas surprise de voir des européens avoir un bon niveau d’anglais. Cela est beaucoup plus facile pour eux. Le problème est qu’ils ne sont pas conscients de la difficulté que cela représente pour les asiatiques de parler anglais.

Des amis japonais en visite à Paris m’ont raconté quelques unes de leurs terribles expériences.

L’un d’eux a appelé France Telecom pour demander l’installation d’Internet chez lui. Il parle anglais, mais il dut, contrairement à son attente, faire un long monologue pour expliquer tous les détails, principalement à cause du manque de volonté à travailler de son interlocuteur. L’opérateur français du SERVICE CLIENT INTERNATIONAL, ainsi supposé aider les clients étrangers, prononça simplement quelques mots et restait en ligne sans réellement écouter la demande du client. Comme on pouvait s’y attendre, le problème ne fut pas résolu dans les jours qui suivirent.

Il rappela ensuite le même service client, et trouva le même opérateur. Il se plaignit de la situation, alors que son accès ne fonctionnait toujours pas, et le représentant du service client lui répondit : « Allez à l’embassade du Japon si ça ne fonctionne pas », « rappelez quand vous parlerez mieux anglais ».

J’ai été particulièrement agacée d’entendre cette histoire. Une telle personne, dans un poste de service clientèle international, devrait essayer de comprendre le client mieux que quiconque, voire plus, car il n’est ni français ni anglais. C’est son métier d’aider les étrangers. Il ne s’agit pas d’un inconnu dans la rue mais d’une personne responsable d’un poste dans son entreprise. De plus, il s’agit d’une grande entreprise. Est-ce notre faute si nous ne pouvons pas parler parfaitement français ou anglais ? Pouvez-vous parler parfaitement le japonais quand vous visitez le Japon ? Je peux voir la qualité de cette société.

Au Japon, il est peut-être quelquefois difficile de trouver quelqu’un qui peut vous aider dans la rue. Mais une chose est sure, nos grandes entreprises ont du personnel qualifié et, d’une manière général, nous sommes conscients de la difficulté pour les étrangers de vivre au Japon et nous faisons des efforts pour les aider.

Par exemple, au Japon, il est souvent organisé par les villes ou les écoles de petites fêtes à destination des étrangers, sur fond d’échange culturel international. Ces évènements sont organisés pour faciliter l’intégration des étrangers, les habituer à la vie au Japon et les aider à se faire des amis japonais. Les participants se présentent et parlent de leur pays d’origine. Nous échangeons bon nombre d’informations afin de mieux se comprendre mutuellement. Je suis encore en contact personnellement avec des amis que j’ai rencontrés durant une telle occasion, sachant que j’y ai participé il y a 10 ans. L’une d’elles vient des Philippines, l’autre de l’Indonésie.

Malgré cela, un français qui a pu participer à une fête de ce genre au Japon a raconté à mon mari : « Je suis allé au Japon une fois, pour mon stage de fin d’études, mais je n’ai pas vraiment aimé. […] Les japonais sont assez immatures : je suis allé à une fête, et les gens présentaient naïvement leur pays d’origine et ne faisaient que montrer des choses simples et évidentes. Je n’ai pas compris quel était l’intérêt de telles expositions. ».

Grosse différence culturelle, en effet, pour une telle méprise.

Vient maintenant mon anecdote. Lorsque je demandais à un employé du métro où je pourrais acheter un ticket, d’abord en utilisant l’anglais, il m’ignora. J’essayai encore, disant : « do you understand what I say ? », et puis j’essayai enfin en français. Il me regarda très impoliment – comme si je le dérangeais par mes mots – et dit : « ce n’est pas un guichet de vente, demandez à quelqu’un d’autre ». Cela ne m’était d’aucune aide et n’avait aucun sens. Evidemment, il ne dit pas ceci en anglais et était probablement incapable de le parler. On était à la station de métro de l’Opéra…

Comment ces personnes peuvent-elles être si méchantes et arrogantes envers des personnes en situation de faiblesse ? Ils ne voyagent peut-être pas assez. Mon mari me disait : “en général les français voyagent peu en dehors de leur pays et ils ne connaissent pas l’extérieur ; de plus, s’il partent néanmoins à l’étranger, ils se rendent souvent dans des pays plus pauvres en développement, en Afrique ou en Asie, et s’assurent ainsi des services luxueux à bas prix”.

Je fus choquée de voir à la télévision, après la catastrophe du tsunami, des vacanciers français baignant et se relaxant en maillot une plage thaïlandaise, alors que les locaux essayaient encore de réparer leurs dommages. L’un d’eux déclara : « notre présence, c’est bon pour eux parce qu’on leur apporte de l’argent ».

Habituellement, ce genre de personne, lors de son retour au pays étale son récit de voyage, soulignant la pauvreté du pays qu’elle a visité, prenant de haut les coutumes locales et confirmant que l’on est si bien chez soi. Personnellement, je pourrais en dire de même de la France si j’avais cet état d’esprit.

Je ne sais pas pourquoi certaines personnes agissent comme cela. Je ne suis pas seulement en train de parler de la France, ici citée dans les exemples puisque j’y vis, mais de chaque pays. Certains sont peut-être xénophobes ou haïssent les voyageurs, mais que sont-ils eux-mêmes quand ils voyagent ?

Plus de différences culturelles

En général, les japonais ont un complexe d’infériorité sur leur niveau d’anglais et les choses qui en découlent dans une situation nouvelle, à cause de ce sentiment « Haji ». Cela explique pourquoi nous sommes des travailleurs assidus et comment nous portons attention au étranger vivant au Japon. Nous travaillons dur pour surmonter ce Haji.

Au contraire, les français ont un complexe de supériorité. Ils méconnaissent les autres cultures et pensent qu’ils représentent le nec-plus-ultra mondial. Même sans travailler dur, ils pensent cela possible.

Je me rend compte d’à quel point les gens sont souvent superficiels ici. Par exemple, alors que je les vois tout excités par les nouvelles fonctions de leur téléphone portable, je me rends compte de leur retard. Ils se moquent des japonais mais ne savent pas comment cela est dans mon pays. Quant à l’anglais, ils se moquent de notre façon japonaise de le parler, mais je m’amuse aussi maintenant à leur parler en anglais quand un français essaye de m’importuner. Dans la rue, souvent quelqu’un me parle pour s’amuser ou se moquer, parce que je suis asiatique. Dans les lieux publics, les employés me traitent comme une nuisance parce que je suis aussi asiatique et que mon français n’est pas bon. Ils pensent que je leur suis soumise. Mais il suffit que je leur parle anglais, pour que leur arrogance fonde comme neige au soleil et qu’ils abandonnent vite, en raison de leur incompétence et pour ne pas perdre la face.

Pas seulement les japonais, mais tous les asiatiques rencontrent ce type de problème.

Pas que du négatif…

Evidemmennt, je tiens à préciser que tous les français ne sont pas tels que j’ai pu le dire plus haut. Une vielle dame française à qui j’avais demandé mon chemin dans la rue fut très gentille. Elle me montra le chemin, m’accompagna jusqu’à ce que je comprenne où j’étais, alors que c’était à l’opposé de son propre chemin. Je fus très surprise. Il y a donc bien sur des personnes très gentilles ici, les personnes ce dont j’ai parlé n’est pas la majorité.

L’enseignement de l’anglais

En France, de plus en plus de jeunes deviennent capables de parler anglais, mais il reste difficile de trouver quelqu’un qui parle anglais dans la rue. Un ami français m’a dit que les français ne prenaient pas l’anglais au sérieux, et qu’ainsi peu d’enseignant anglo-saxons se sentent motivés pour venir enseigner en France et préfèrent d’autres destinations.

Au Japon, l’enseignement de l’anglais est un élément clé des études. Il y a beaucoup d’enseignants d’anglais anglo-saxons. Les lycées aussi bien que les entreprises sélectionnent les candidats en fonction de leurs compétences en anglais et les écoles d’anglais prospèrent. Il y a deux types d’examens différents pour mesurer les compétences d’anglais. L’un s’appelle Eiken, qui est principalement visé par les étudiants, l’autre est le TOEIC. La plupart, jeunes comme vieux, étudient en visant le meilleur score possible au TOEIC.

Le test du TOEIC

Le Japon et la Corée du Sud comptent pour à peu près 87 % des candidats au TOEIC dans le monde :
*Japon 72%
*Corée du Sud 15%
*Autres 13%

Nous devons effectivement passer par ce test pour trouver un bon travail ou obtenir une promotion dans l’entreprise, d’où le grand nombre de candidats japonais. Bien qu’il soit difficile de trouver du temps pour étudier l’anglais (souvent pendant des cours du soir), c’est aujourd’hui presque une obligation. Quand je travaillais dans une école de langues à Tokyo, j’ai pu voir beaucoup de buisiness men et d’employés venir étudier après la sortie du travail. Je me suis souvent demandé à quel point leur vie pouvait être difficile. C’est ainsi qu’ils se battent contre le « Haji ».

Ainsi, comment d’autres personnes dont la langue a des liens plus étroits avec l’anglais peuvent se moquer de nous et être si méchantes ? Savent-ils que les japonais produisent la plupart des produits électroniques, télévisions, ordinateurs, voitures et bien d’autres produits ? Nous méritons plus de respect.

Les religions au Japon

Au Japon, deux religions cohabitent et se mélangent dans la vie d’un japonais : le shintoïsme et le bouddhisme. Une telle mixité est difficile à comprendre pour un occidental, habitué aux grandes religions monothéistes et exclusives. Un grand nombre de sectes découlent également des ces religions, avec des pratiques différentes, compliquant encore plus le tableau. Enfin, on y trouvera aussi une petite communauté chrétienne (2% de la population), issue des comptoirs portugais que le Japon a connu de 1543 jusqu’à leur fin et l’interdiction du christianisme en 1637.

Le shinto

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Le shinto (la Voie des dieux) est la religion d’origine du Japon. Il regroupe en réalité un ensemble de croyances et de superstitions populaires liées à la nature. A chaque élément de la nature correspond une divinité, ou plutôt un esprit (kami). Il y a donc des divinités nationales pour les éléments les plus importants mais surtout une multitude de divinités locales, pour tous les lieux particuliers. On trouvera par exemples des divinités pour les animaux, les forêts, les montagnes, les rizières, les eaux, les sols, etc. Ces kami peuvent être bienveillants ou maléfiques, on cherche donc dans tous les cas à s’attirer leur bienveillance par des offrandes, des rituels et des fêtes.

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Les origines du Shinto sont très lointaines et remontent probablement à la protohistoire. Il n’a commencé à se structurer réellement qu’au XIV° siècle. Mais à la fin du XVIII° et pendant l’ère Meiji, il fut utilisé politiquement. On y trouva une légitimation divine du pouvoir impérial : d’après des mythes anciens, le premier empereur de l’histoire du Japon, Jimmu, serait le petit-fils de la déesse du Soleil Amaterasu.
Le nationalisme pendant la guerre a cherché à utiliser le shinto en le proclamant religion d’état, dans laquelle l’empereur faisait figure de dieu vivant. Le mythe de l’empereur dieu vivant n’aura donc été qu’une construction politique récente. En fait, les japonais n’y ont jamais vraiment adhérer, ce qui explique qu’ils n’aient pas été choqués, n’y qu’aucun mouvement de révolte ne se soit produit lorsque l’empereur Hirohito, après la défaite, a renoncé à ce mythe publiquement, à la demande des américains.
Le nationalisme indéniable de l’époque avait donc des racines sans lien avec la religion.

Le shinto ne s’embarrasse pas de métaphysique et reste terre à terre, quelque peu égocentrique. Les japonais y croient sans y croire et aiment à maintenir le folklore. Par superstition et sensation de bien-être, il est toujours bon de faire une offrande et un vœu pour avoir une bonne santé, de l’argent ou à la veille d’un évènement important : passage d’examen, voyage, naissance, mariage, etc. Le shinto est ainsi entouré d’une atmosphère bon enfant, festif, dénué de tout sens tragique.

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Le bouddhisme

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Le bouddhisme, originaire d’Inde, fut importé au Japon par l’intermédiaire de la Chine au VI° siècle. D’abord réservé à l’élite, il s’est lentement répandu dans la population sous la forme de deux grands courants principaux, déclinés en une multitudes d’écoles de pensées (sectes) : l’amidisme, foi dans le bouddha Amida qui apporte la sagesse et sauve les hommes, et le zen, composé de réflexion philosophique abstraite et de divers exercices méditatifs.
Dans le christianisme ou l’islam, les pratiques religieuses ne sont que la manifestation de la foi.
En revanche, les pratiques du bouddhisme s’inscrivent dans la recherche de la foi, l’approche de la sagesse absolue. L’échec apparaît donc comme acceptable dans ce cadre, ce qui fait du bouddhisme une religion non totalitaire, ni absolue ou exclusive*.

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C’est pourquoi le bouddhisme japonais a pu parfaitement s’accommoder du shinto, en considérant les kami comme des manifestations locales de bouddhas. Cette intégration est telle que parfois sanctuaire shinto et temple bouddhiste sont dans une même enceinte. Le régime Meiji s’est également heurté par le passé à la résistance de la population, en voulant séparer les deux religions pour imposer un shinto d’état purifié.
Grâce à cette tolérance, l’histoire du Japon se trouve quasiment vierge de tout conflit religieux. L’interdiction du christianisme était une volonté politique du shogun, mais n’a jamais été provoquée par les moines bouddhistes.

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Le bouddhisme conduit à un certain fatalisme : la misère, l’injustice sont certes regrettables mais sont le fruit de l’action humaine. On a donc ce que l’on mérite. Ceux qui souffrent paient leurs actes passés ou ceux d’une vie antérieure. Cela explique le grand sentiment de culpabilité de ceux qui échouent (les patrons de PME ayant fait faillite, disparaissant pour leur entourage et devenant des sans-abris en sont un exemple) et la pratique de la charité moindre.
Les âmes des défunts voyagent et reviennent sur Terre lors de la fête O-Bon à la mi-août.
S’il s’est agi d’une mort violente ou contrariée, l’âme est condamnée à errer sans fin en quête d’une solution ou d’une vengeance. D’où la croyance répandue parmi les japonais dans les fantômes. Au Japon, c’est donc le bouddhisme uniquement qui prend en charge les cérémonie funéraires et tout ce qui touche à la mort, que l’on soit croyant ou pas.

*Proverbe bouddhiste japonais : “Nombreux sont les chemins qui mènent au mont Fuji, mais certains sont moins escarpés que d’autres.”

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Le confucianisme

Le confucianisme n’est pas une religion. Mais, le shinto et le bouddhisme n’imposant pas de grandes contrainte, le Japon s’est trouvé dans le confucianisme un complément de pensée, une véritable conduite morale. Cette doctrine, morale politique et familiale, bien que n’étant plus enseignée dans l’enseignement primaire et n’étant plus structurée au Japon, est restée diffuse dans les mentalités, consciemment ou non. Elle prêche fidélité, loyauté, piété filiale, respect aux anciens et l’idée de l’amélioration permanente de soi par l’étude. D’où l’assiduité des japonais aux études mais également leur empressement à aborder des activités nouvelles qui peuvent être ludiques, dans les nombreuses écoles proposées à cet effet : cuisine française, danse, art du thé, art floral, etc.

Ainsi donc, le japonais naît, grandit et s’amuse shinto, s’éduque confucéen, se marie chrétien, vit dans l’irréligion et meurt bouddhiste ? C’est un lieu commun, mais il a bien une part de vérité. En fait, le japonais ne cherche pas dans la religion une vérité absolue, mais un apaisement. Ces faits peuvent être très déroutants voire choquants pour un occidental, mais il n’en est rien : dans son contexte, cet apparent désordre est en réalité une vraie harmonie, où tout s’agence naturellement.

La télévision japonaise

Disons-le tout de suite : les français ont généralement l’idée que la télévision japonaise est d’une débilité totale. Comble du ridicule, de la gesticulation et du mauvais goût, en fait personne n’a pu échapper aux images présentées par les chaînes françaises comme exemples à ne pas suivre. Et finalement, non sans condescendance, on se voit inculqué la fausse idée que finalement la télévision française est bien supérieure et, à la limite, que les japonais ne pas très sains d’esprit.

A tel point que, lors de son premier séjour au Japon, avant d’allumer le tube cathodique, on s’attend au pire. C’est alors que l’on peut se rendre compte de la façon dont la réalité peut être déformée. Au lieu de les railler, nos chaînes devraient même s’inspirer de temps en temps des grilles de programmation de leurs consoeurs japonaises.

Certes, aux heures creuses de la journée, quand tout le monde travaille, c’est le classique lot d’émissions ineptes : potins, jeux sans intérêt, etc. Même si en zappant, on peut tomber sur des chaînes surprenantes et intéressantes (cours d’informatique en direct, captures d’écran à l’appui !). Sachant qu’on a le même genre d’émissions dans la même plage horaire (sans parler des Derrick & cie qu’on nous diffuse depuis 30 ans), celle où en principe votre poste est éteint (je l’espère pour vous), on dira qu’il n’y a pas de grande différence quant aux programmes proposés à la ménagère française comme à la ménagère japonaise.

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C’est plutôt le soir en que les choses deviennent intéressantes, exception faite de séries communes similaires aux nôtres (Mitokomo, Good luck !, Kikujiro), avec beaucoup d’émissions ou de programmes sportifs.

Commençons par les émissions. Avec comme invités des célébrités locales ou étrangères, elles sont toujours très vivantes et sont loin de l’aspect si débile qu’on leur prête. Toujours ludiques, tout en restant dans une mesure égale à nos standards, et surtout présentent fréquemment un intérêt culturel.

Par exemple, les invités se prêtent à un jeu de quiz plus ou moins comique (Attack 25), mais toutes les questions sont intelligentes et donnent lieux à des mini-documentaires (souvent sur l’étranger) ou à des expériences. Bref, on se divertit, et on apprend. Un genre de question pour un champion mais plus simple, sans formalisme et plus vivant.

Un autre type d’émission comme exemple : il s’agit d’une sorte d’enquête policière interractive (USO), où le film et l’enquête se déroulent par épisode, donnant entre temps à chacun d’échafauder des hypothèses, des suppositions afin d’essayer de découvrir la vérité. Bon exercice de réflexion et très amusant.

Un dernier genre, avant d’en finir avec les exemples, très nombreux, d’émissions originales : le combat de chefs cuisiniers (Dochino Rioridesho). Et oui, les japonais sont de grands gastronomes. Grands chefs primés, moins connus ou cuisiniers anonymes, et même grand-mère cordon bleu s’affrontent autour d’un menu imposé. Chacun dispose d’une table de cuisine avec tout le matériel nécessaire (plaques de cuisson, évier, ustensiles) et les mêmes ingrédients. Sous la surveillance d’un jury très sérieux, ils doivent tous en même temps composer plat après plat dans un temps imparti. L’égalité des chances étant respectée, le plus talentueux cuisinier remportera la finale. Attention aux surprises (pour les grands chefs) ! La popularité de cette émission et la publicité qu’elle engrange pour le vainqueur sont un gage de sérieux de cette émission. Et comme il est étonnant de les voir travailler à toute vitesse !

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Voilà, j’espère que vous me comprenez mieux maintenant, quand je parle d’émissions intéressantes.

Quant aux sport, il est omniprésent. Plus qu’en France, car au Japon la diversité des sports populaires est plus grande. Outre les deux sports les plus populaires, le football et le baseball, combats sumo, K1 (genre de boxe mélangeant toutes les disciplines de combat), marathon, athlétisme, natation, Formule 1… Bref, l’actualité sportive est très chargée et occupe une bonne partie des programmes, toute la journée.

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Il est finalement assez rare de tomber sur un film en soirée, le dimanche restant réservé au film de grand spectacle (américain), tout comme ici, en France.

Les programmes débiles à l’américaine où l’on se gave de nourriture avant de vomir, se pastiche de boue, où l’on prend des bains d’insectes ou je ne sais quoi encore ? Je n’en ai jamais vu. Si cela se produit parfois, ce n’est certainement pas populaire et sûrement à des heures décalées (contrairement à ce qu’on vous dit).

La preuve, dans les émissions genre bêtisier en France, souvent les mêmes images reviennent et lesquelles… En regardant bien, on se rend vite compte qu’elles doivent dater d’au moins 20 ans. Aussi quand le présentateur laisse croire qu’elles sont actuelles, populaires et diffusées à heure de grande audience, laissez-moi rire. C’est la preuve de la rareté de telles débilités, sinon on aurait des images plus récentes.

Imaginez que l’on prenne la pire honte de la télévision française des 20 dernières années et qu’on fasse croire qu’elle est la synthèse de ce qui est vu en France ! Ce ne serait pas mieux. Alors avant de chercher à retirer la paille dans l’oeil du voisin…

Bref, preuve est faite encore une fois qu’il faut soigner son esprit critique avant d’allumer sa télévision. La télévion japonaise, sans être parfaite, est néanmoins très intéressante. Si les chaînes japonaises possèdent apparement bien plus de moyens, nos chaînes devraient essayer de reprendre certaines idées. Car, en allumant mon poste tout à l’heure, je ne vais pas pouvoir m’empêcher de trouver nos émissions plates en comparaison et de sentir l’ennui m’envahir…

Parlez-vous fraponais ?

Peut-être en avez-vous déjà entendu parler… Sinon, si vous êtes jamais allé au Japon, je suis sûr que vous voyez déjà quel sera le sujet de cet article.

Fraponais est la contraction de “français” et “japonais”, pour exprimer l’utilisation qui est faite du français au Japon.

L’invention de ce mot ne me revient, et j’ignore qui l’a créé. Mais en le tapant simplement sur Google, vous trouverez un certain nombre de sites et de blogs traitant du sujet.

Cela vous suprendra peut-être, mais il est vrai qu’il n’est pas rare de déceler des mots français lors de son séjour au Japon. Soit ils sont écrits en romanji, soit phonétiquement en katakana.

Pourquoi ? Dans l’imaginaire des japonais, le français rime avec chic. Sur un produit, en particulier cosmétique ou culinaire, cela exprime avec un certain degré de sophistication. D’un point de vue marketing en tous cas, ce qui n’a pas échappé aux entreprises.

Maintenant, pourquoi ne pas tout simplement dire qu’ils utilisent du français ? Et bien, il faut le reconnaître, c’est du français à la sauce japonaise. En fait, personne n’étant en mesure de comprendre le mot, seule la sonorité importe. Du coup, on retrouve des fautes d’orthographe énormes ou des mots utilisé à tord et à travers.

Cela donne lieu à des situations très amusantes, dont voici quelques illustrations :

Des noms de résidences…


Maison Espoir

Je cherche encore le sens…

Grande Maison

Non, ce n’était pas un restaurant !

Des commerces…


A bientôt ! (restaurant)

Le Saint-Pierre, un restaurant français

Pas d’erreur ici, nous sommes bien dans une gare.

Un magasin de vêtements

Un salon de coiffure !

Autres…


Je ne savais pas que le curry était…

… une spécialité française !

Du pain

Un calendrier…

Ce n’est qu’un aperçu, car j’en ai vu bien d’autres (dont des plus hors propos), mais je n’ai pas toujours l’appareil photo sur moi.

Ceci dit, je reviendrai de temps en temps compléter ce florilège !

Mais attention , ne vous moquez pas trop !!! D’abord nous faisons de même avec certains mots anglais ou italiens sur bien des produits. Mais le pire est avec les kanjis, que l’on retrouve un peu partout de nos jours ! Gastronomie, mobilier, objet décoratif, vêtement, etc.

Savez-vous vraiment ce qu’ils veulent dire ? En tous cas, dans la rue, bien des personnes arborant fièrement des T-shirts semblent l’ignorer.

L’autre jour, et ce n’est que l’exemple le plus récent, nous avons trouvé quelqu’un portant un T-Shirt avec un énorme kanji blanc sur fond noir signifiant : Hémoroïdes !!!

Volontaire ou pas de la part des concepteurs de ce T-shirt (probablement made in China) ? Là est la question. En tous cas, faites attention quand vous achetez ce type de T-shirt… ou abstenez-vous…